La Déclaration du Cap

Initiative des Leaders africains pour l’allégement de la dette

Le 27 février 2025

À UNE ÉPOQUE OÙ l’économie mondiale est en proie à des chocs, notamment les pandémies, les crises énergétiques, l’insécurité alimentaire et l’inflation,

À UNE EPOQUE OÙ les hausses des taux d’intérêt ont aggravé une crise de la dette souveraine qui menace d’étrangler l’avenir de l’Afrique,

À UNE ÉPOQUE OÙ les forêts brûlent, les rivières débordent, et les sécheresses dévastent nos terres,

À UNE ÉPOQUE OÙ le potentiel de l’Afrique à jouer un rôle de premier plan dans les solutions climatiques est plus évident que jamais, mais où elle est privée des investissements dont elle a besoin,

À UNE ÉPOQUE d’instabilité politique et économique mondiale et d’imprévisibilité,

À Une ÉPOQUE OÙ la coopération financière mondiale risque de s’effriter,

ALORS MÊME QUE l’Afrique est un continent au vaste potentiel, riche en ressources, en population jeune, en ambition, en innovation et en leader dans la transition verte mondiale,

NOUS, UN GROUPE DE LEADERS AFRICAINS , nous nous sommes réunis au Cap dans le cadre de l’Initiative des Leaders africains pour l’allégement de la dette (ALDRI), pour appeler à une action audacieuse et urgente en vue d’un plan global d’allégement de la dette pour l’Afrique et d’autres pays en développement qui souffrent d’un fardeau excessif de la dette.

L’Afrique freinée par la dette et d’autres défis

L’Afrique est prise au piège d’une crise de la dette paralysante, la pire depuis 80 ans. Plus de la moitié de la population africaine vit dans des pays qui dépensent plus en paiements d’intérêts qu’en éducation, en santé ou en climat.  En effet, la plupart des pays africains auront besoin d’un allégement significatif de la dette pour débloquer les financements nécessaires aux objectifs de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030 et aux objectifs de l’Accord de Paris, ainsi que d’autres formes de financement à faible coût et à des conditions de faveur. Cette crise est aggravée par les impacts croissants du changement climatique, qui dévastent les économies et aggravent l’instabilité financière.

Un appel à un allégement global de la dette

Nous nous trouvons à la croisée des chemins de l’histoire. 2025 marque la première présidence africaine du G20, dirigée par l’Afrique du Sud. L’un des objectifs clés du G20 est de résoudre les crises financières mondiales. C’est son moment de vérité. Dans ce contexte, nous nous félicitons de l’engagement exprimé par S. E. le Président Cyril Ramaphosa, Président du G-20, d’accorder la priorité à la viabilité de la dette des pays en développement. Maintenant, le G20 doit répondre à l’appel de l’Afrique.

Les solutions sont claires. Nous proposons une approche à deux volets, fondée sur le fardeau de la dette de chaque pays et un plan de croissance durable pris en charge par chaque pays:

  • Restructuration globale de la dette des pays fortement endettés. A savoir:
    1. Un processus prévisible, équitable et inclusif de restructuration de la dette impliquant tous les créanciers — privés, bilatéraux et multilatéraux.
    2. Assurer la comparabilité du traitement entre créanciers afin d’éviter la fragmentation et les crises prolongées.
  • Réduire le coût du capital pour tous les pays en développement. A savoir:
    1. Rehaussement du crédit par le biais des institutions multilatérales pour débloquer des financements abordables.
    2. Mécanismes de suspension de la dette pour créer une marge de manœuvre budgétaire pour le développement et les investissements climatiques.

Le monde a déjà affronté les crises de la dette. En plus des apports de capitaux importants dans le cadre du Plan Marshall, l’Allemagne a bénéficié d’un allégement massif de sa dette après la seconde Guerre mondiale (London Debt Agreement, 1952). Le Plan Brady et l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) des années 1990 ont prouvé qu’une action audacieuse peut débloquer la croissance. Maintenant, nous devons agir à nouveau.

Un nouveau chapitre pour l’Afrique et le monde

L’allégement de la dette n’est pas une charité. C’est un investissement dans un avenir prospère, stable et durable – pour l’Afrique et l’économie mondiale. Et c’est une condition préalable à la réussite de la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Une Afrique forte signifie un monde plus fort. Libérer le potentiel économique de l’Afrique stimulera la croissance mondiale, renforcera les chaînes d’approvisionnement et accélérera la transition verte.

AUJOURD’HUI, AU CAP, EN TANT QU’INITIATIVE D’ALLÉGEMENT DE LA DETTE DES LEADERS AFRICAINS, NOUS DÉCLARONS

Que le moment est venu de mettre en œuvre un plan global audacieux d’allégement de la dette pour l’Afrique et d’autres pays en développement.

SIGNÉ,

S.E. Olusegun Obasanjo, ancien Président de la République fédérale du Nigéria (Président)

S.E. Macky Sall, ancien Président de la République du Sénégal

S.E. Joyce Banda, ancienne Présidente de la République du Malawi

S.E. Jakaya Mrisho Kikwete, ancien Président de la République-Unie de Tanzanie

S.E. Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, ancien Président de la République du Ghana

S.E. Dr. Ameenah Gurib-Fakim, ancien Président de la République de Maurice

S.E. Hailemariam Desalegn, ancien premier ministre de la République d’Ethiopie

S.E. Yemi Osinbajo, ancien vice-président de la République fédérale du Nigeria